Qui est Pierre Cherelle ?

Pierre Cherelle est le fondateur et CEO d'Axiles Bionics. Cette start-up est une spin-off de BruBotics de la Vrije Universiteit Brussel, spécialisée en robotique, intelligence artificielle et biomécanique humaine. Leur but est de développer la nouvelle génération de prothèses bioniques pour patients amputés des membres inférieurs.

 

Comment l'entreprise fait-elle évoluer le monde médical ?

Les prothèses de cheville pied n'ont que très peu évolué en 50 ans. La grande majorité de ces prothèses sont figées à 90 degrés. Elles n'ont pas d'articulation au niveau de la cheville. C’est un réel problème pour ces personnes car elles doivent compenser avec le reste du corps. C'est comme si elles marchaient avec une botte de ski. C'est très inconfortable et particulièrement difficile sur les terrains pentus ou irréguliers. Le but est de développer des prothèses articulées, qui permettent une fonctionnalité musculaire. C’est là où se situe la réelle innovation sur laquelle nous travaillons depuis maintenant 15 ou 20 ans. Aujourd'hui, cette technologie commence à avoir la maturité nécessaire pour fonctionner grâce à un produit utilisable tous les jours par les personnes amputées. 

 

Dans quelle mesure votre projet a-t-il eu un impact sur la région de Bruxelles-Capitale ?

Le premier point, c'est l'impact social important qu'a ce genre de projet pour des personnes à mobilité réduite et l'amélioration de leur quotidien. Le second, c'est le fait de stimuler la recherche académique en robotique, en intelligence artificielle et en biomécanique. Axiles Bionics veut construire un centre d'excellence en bionique avec les groupes de recherche de la Vrije Universiteit Brussel. Pour finir, ce qu'il faut savoir, c'est qu’aujourd’hui tous les fabricants de prothèses existants  sur le marché sont basés à l’étranger. Etant donné que ces prothèses sont remboursées intégralement par les mutuelles, cela implique un appauvrissement économique de la région et du pays. Pierre Cherelle espère donc avoir un impact positif sur l'économie nationale.

 

Comment l'intelligence artificielle permet-elle de faire évoluer les prothèses bioniques ?

Il y a plusieurs volets de l'intelligence artificielle que nous appliquons dans nos technologies. Le premier, c'est l'intelligence du robot. Un robot fonctionne comme un humain. Il a une structure qui correspond à l'ossature de l'humain, une musculature qui correspond au moteur du robot, un cerveau qui correspond à l'intelligence et il y a l'électronique du robot. Aujourd’hui, une prothèse ne peut pas encore être directement connectée au cerveau humain. Nous sommes obligés d'amener une forme d’intelligence dans cette prothèse. Le principe de l'intelligence artificielle, c'est de récolter des données sur l'utilisation, les entrées et les sorties. Plus on a de données, plus les liens se précisent entre ce qu'il se passe dans la nature et comment la prothèse doit répondre à ces stimuli. Quand vous marchez, si vous voyez des escaliers 10 mètres plus loin, vous avez un feedback cognitif qui se crée automatiquement. Vous allez adapter votre foulée, la fréquence de vos pas pour arriver pile-poil sur la première marche sans même que vous vous en rendiez compte. Le problème, c'est qu'une prothèse qui n'est pas connectée au cerveau humain ne saura pas faire la même chose. Plus il y a des données, plus l'intelligence de la prothèse s'améliore. C’est comme le cerveau humain, plus il s'entraîne à faire quelque chose, plus il deviendra bon dans ses activités.

Le deuxième volet concerne une tout autre sorte d'intelligence artificielle qu'on appelle le reinforcement learning. L’idée est de créer des prothèses qui soient capables d'apprendre de manière autonome. Comment est-ce que la prothèse va s'adapter aux différences de taille, de poids, de foulée de chaque personne ? C’est là que le Plan Stratégique d’Innovation financé par l’Innovative Starters Award intervient. L'objectif est de développer une plateforme de récolte de données dans le Cloud qui reprend chacune des prothèses qui sont en utilisation sur le marché. Chaque soir, quand une personne amputée se couche, elle enlève sa prothèse et elle la branche pour pouvoir recharger la batterie comme un téléphone. En parallèle, on développe cette plateforme qui permet aux données récoltées durant la journée  d’être envoyées chez nous, toujours sur le Cloud. Elles servent d'abord à la globalité des utilisateurs pour améliorer le fonctionnement quotidien mais aussi à chaque personne de manière individuelle. Les données spécifiques d’un utilisateur peuvent être peaufinées. À l’aube, ces nouveaux paramètres sont renvoyés dans la prothèse pour qu’au réveil la personne ait une prothèse qui fonctionne mieux que la veille. On veut développer une intelligence artificielle dans le software qui fait que notre produit s'adapte à l'utilisateur et que ce ne soit pas l'utilisateur qui doive fournir tous les efforts pour s'adapter. »

 

Qu'est-ce que vous aimez dans votre travail ?

Tout ! Mais ce que j'aime particulièrement, c'est le fait de pouvoir rallier des personnes à ma cause qui a débuté il y a 15 ans lors d’une recherche académique. J’aime mettre ensemble un grand nombre d'acteurs : l'équipe de management, les employés, les futurs employés mais aussi les instances bruxelloises comme Innoviris ou Hub.brussels, les prothésistes, les professionnels de la santé, etc. Beaucoup d'enfants rêvent de travailler dans la robotique ou dans l'intelligence artificielle, on se rend donc compte qu’on a un réel rôle à jouer. L’impact social positif représente également une grande satisfaction. 

 

Quel a été votre parcours avant Axiles Bionics ?

Pierre est physicien. Il a fait des études de physique à la Vrije Universiteit Brussel. Il a ensuite entamé un doctorat en robotique. Grâce aux résultats, il a pu bénéficier d’une aide financière d'Innoviris pour lancer sa spin-off. Cette expérience lui a permis de travailler sur l'aspect business developpement. Avant de démarrer Axiles Bionics, Pierre est passé par l’épreuve compliquée de la recherche de financement et d'investisseurs. Un jour, avec son équipe, ils ont réussi à boucler un financement de plusieurs millions d'euros, ce qui lui a permis de démarrer la société et d’engager ses premiers employés. C’était il y a trois ans. Depuis, il continue à développer Axiles Bionics et ses produits.

 

Selon Pierre, l’un des points forts de l’Innovative Starters Award est qu’il ne s'arrête pas à la technologie ou à l'intelligence artificielle mais qu’il aborde également les nouveaux modèles économiques qui permettent d'amener un produit sur le marché. 

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